Road-trip au Québec

Cela fait trois mois que je suis installée à Montréal. L’été approche et j’ai loué une voiture pour explorer une partie du Québec. Plus de 4000 kilomètres m’attendent dans cette vaste région d’arbres et d’eau. Je découvre avec surprise le fonctionnement des parcs naturels canadiens. Une nature protégée mais des accès payants, des tickets journaliers, des restrictions strictes, des sentiers barriérés, le bivouac interdit, des aménagements modernes, des boutiques de souvenirs, des tee-shirts et des mugs à l’effigie des parcs. J’ai presque l’impression que la nature est un produit comme un autre que l’on peut consommer. Une fois les formalités accomplies, je pénètre dans les forêts infestées de moustiques, je contemple les lacs calmes où se reflètent les nuages, les rivières furieuses dans lesquelles les saumons se débattent à contre-courant, et le gigantesque estuaire du Saint-Laurent balayé par le vent. Dans ces décors sauvages, j’ai aperçu la queue plate d’un castor qui se dandinait en grimpant sur son barrage, j’ai observé un balbuzard pêcheur guetter sa proie, j’ai surpris une marmotte aux aguets sur une vieille souche, j’ai deviné les silhouettes imposantes des élans entre les pins, j’ai distingué les corps blancs des bélougas émerger à la surface de l’eau. J’ai été émerveillée par ces moments qui ne duraient parfois que le temps d’un clignement de paupière, des instants fugaces impossibles à photographier et qui subsistent dans ma mémoire comme des mirages. — Québec juillet 2017.

Pour écouter le chant des bélougas